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Astrid Tarteret – Fermes En Vie (FEVE)

 

1 ferme sur 4 ne trouvera pas de repreneur dans les 10 prochaines années pour des raisons financières. Et si on sauvait nos fermes ?

Parce qu’avant les producteurs, il y a les fermes, Fermes en Vie s’est donné pour mission d’aider les agriculteurs à mieux vivre de leur travail en créant de la valeur localement. On a interviewé Astrid Tarteret, co-fondatrice de FEVE, pour en savoir plus sur les enjeux de la transition écologique dans le milieu agricole.

 

Bonjour Astrid ! Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours ? 

Bonjour ! Pour présenter mon parcours, j’ai fait des études de commerce et en Droit des affaires, qui m’ont amenée à travailler dans un cabinet d’avocat puis en marketing chez Google. Je ne m’y projetais pas forcément sur le long terme, c’est au fil de mes pérégrinations que j’ai compris que je voulais mettre mon énergie au service du monde agricole. Finalement c’était comme une évidence : en tant que fille d’agriculteurs, l’alimentation durable avait du sens pour moi.

Après avoir quitté mon job chez Google en juin 2019, j’ai donc fait un tour de France à vélo pendant 3 mois où j’ai rencontré plus de 30 agriculteurs et agricultrices avec l’idée de découvrir différents modèles de ferme et types de production pour mieux comprendre les enjeux du terrain. Je suis rentrée avec une forte envie de partager ce qu’on m’avait transmis et je me suis lancée dans la création de la Fresque Agri’Alim, qui sensibilise aux enjeux agricoles et alimentaires. En parallèle, j’ai rencontré Marc puis Simon et Vincent qui sont aujourd’hui mes 3 associés sur le projet Fermes en Vie (FEVE) dont l’objectif est d’aider à l’installation d’agriculteurs et agricultrices sur des fermes diversifiées et collaboratives.

 

Comment as-tu vécu ces 3 mois de tour de France, à la rencontre d’agriculteurs et agricultrices ?

Ce tour de France a été une expérience assez fondatrice pour moi et une vraie source d’informations. C’était un point de départ nécessaire pour passer à l’action. Ce qui m’a marquée, c’est que plusieurs agriculteurs allaient vers des modèles plus diversifiés, vers un fonctionnement le plus circulaire possible. En diversifiant les productions on diversifie les risques et donc on les diminue, ce qui est important dans un contexte d’aléa climatique de plus en plus incertain.

Ce tour à vélo a été pour moi l’occasion de découvrir l’itinérance, et m’a aussi fait prendre conscience de l’importance de ralentir. Ça m’a permis de prendre du recul et de changer le format de mes rencontres avec les agriculteurs.

Vous avez créé FEVE parce qu’aujourd’hui il est compliqué pour les agriculteur.rice.s de s’installer, pourquoi est-ce si difficile ? 

Pour mieux comprendre les freins à l’installation agricole, on a mené une étude auprès de 600 porteurs de projet. Ce qui en est ressorti, c’est l’enjeu très fort sur l’accès au foncier. On estime qu’1 ferme sur 4 ne trouvera pas de repreneur dans les 10 prochaines années pour des raisons financières, si on se base sur le rythme actuel d’installation par des repreneurs. Il y a donc un vrai enjeu autour de la reprise de ces fermes-là. En parallèle, il y a de plus en plus de porteurs de projets qui souhaitent s’installer mais plutôt sur des petites surfaces car l’investissement nécessaire pour reprendre une ferme est très engageant.

Pour faciliter la reprise des fermes, FEVE intervient pour identifier des fermes à reprendre, et permettre leur financement : pour cela, on fait appel à l’épargne citoyenne, c’est une forme de financement participatif qui permet le financement de ces fermes. En parallèle, on les découpe de sorte qu’elle puisse accueillir plusieurs ateliers de production et donc plusieurs agriculteurs. On loue ensuite chaque partie de la ferme à différents agriculteurs avec une option d’achat à terme. On les accompagne également dans la structuration de leur projet et de leurs collaborations sur la ferme, en partenariat avec les acteurs du territoire. 

 

Cette volonté de s’installer en groupe semble clé. Est-ce que ça a toujours été le cas ?

Autour du métier d’agriculteur, il y a une vraie peur de ne pas réussir à se rémunérer. Diversifier les productions réduit les risques liés à la rémunération, avec un fonctionnement le plus circulaire possible sur la ferme. Avoir cette approche agricole en cycle fermé permet de viser une autonomie et ainsi avoir un meilleur impact environnemental et économique. Par exemple, lorsque les co-produits de certains ateliers vont servir de ressources à d’autres, on réduit l’apport d’intrants extérieurs sur la ferme.

Ce qui est important pour nous c’est vraiment de favoriser l’installation de fermes pour qu’elles soient viables à la fois économiquement, environnementalement et socialement.

Je crois que vous avez un projet d’accompagnement de ferme pas très loin de Bordeaux, peux tu nous en dire plus ? 

Oui, nous avons un projet à côté de Bergerac. L’objectif sur cette ferme est de diversifier les activités avec une partie agricole et une partie agri-touristique.

Pour la partie agricole, il y aura de la polyculture, de l’élevage du maraîchage et peut être ensuite d’autres ateliers complémentaires, un atelier apicole par exemple. L’activité agri-touristique est également en train de se construire avec potentiellement une partie accueil à la ferme, ouvert à l’extérieur pour accueillir des séminaires, des retraites de yoga…

C’est en cours ! 

On a aussi un autre projet en Dordogne, à 45min de Périgueux où nous recherchons un paysan-boulanger ainsi qu’un éleveur bovin. Tous nos projets sont accessibles sur notre site

 

Qu’en est-il de la valorisation agricole sur les exploitations ? Comment FEVE aide les agriculteurs à créer de la valeur localement ?

On souhaite vraiment aider à la création de valeur, par la création de produits bons pour les sols, bon pour la santé et bon pour la planète. On a constitué une charte agro-écologique sur laquelle on demande au porteur de projet de s’engager. Elle implique notamment d’être en bio au bout d’un certain nombre d’années, un travail minimal du sol, la plantation d’arbres, la protection de la diversité.

Nous encourageons aussi l’intégration des ateliers de transformation et la distribution sur la ferme pour créer de la valeur localement. On souhaite aussi permettre des synergies entre les femmes pour qu’elles collaborent davantage au sein d’un territoire donné.

À travers ton tour de France à vélo, tu as découvert certains des terroirs de nos super producteurs.rices. Dans quel terroir de la carte Superproducteur aimerais-tu poser tes valises ?

Alors j’ai goûté la Crème fine bio de pois chiche au citron et au cumin de Raphaëlle cuisinée dans les Alpes de haute Provence, une belle occasion de mettre les légumineuses à l’honneur (ça fait partie de de mes chevaux de bataille !). Je pense que les légumineuses méritent vraiment d’être davantage connues et valorisées. En 20 ans, leur consommation a été divisée par 4 alors que ce sont des produits à la fois bon pour la santé et bon pour la planète.

 

Parmi les produits issus du maraîchage ou de l’élevage des Fermes En Vie, lequel trouverais-tu intéressant de valoriser en recette culinaire ?

J’ai découvert il y a quelques temps la lacto-fermentation qui est selon moi très intéressant et chouette à développer. Donc pourquoi pas utiliser des produits issus du maraîchage pour faire par exemple des légumes lacto-fermentés ?

 

Quels sont tes projets dans les mois qui viennent ? Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

Mes projets dans les mois à venir : faire connaître ce que l’on propose à toujours plus de personnes, donner envie de s’engager dans ce beau métier. Et puis ensuite, favoriser davantage la collaboration sur les projets de fermes que nous avons, en créant en amont des occasions de rencontre entre futurs agriculteurs, en favorisant ensuite le partage de connaissance avec des agriculteurs plus expérimentés, en mettant enfin des outils à leur disposition afin de formaliser les différents axes de leur collaboration.

Ce que l’on peut me souhaiter : De garder l’envie de mettre du cœur et de l’énergie au service de ces sujets qui me passionnent aujourd’hui ?

Et pour la suite ?

Fermes en Vie

Des fermes diversifiées et collaboratives au service de la transition agroécologique.

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